REFORME apprentissage

Dépêche de l’AEF Enseignement Recherche – 12/02/2018

Réforme de l’apprentissage : l’Anasup s'inquiète des zones d'ombre concernant l’enseignement supérieur

Par Maïwenn Lamy

Yves Cimbaro, président de l'Anasup

"Beaucoup de mesures, et nous le regrettons, concernent surtout le secondaire", réagit Yves Cimbaro, président de l'Anasup, lundi 12 février 2018 après la présentation par le gouvernement de "20 mesures concrètes" pour réformer l’apprentissage, vendredi 9 février (lire sur AEF). S’il salue la volonté de rendre plus transparent le mode de financement, le président de l’Anasup estime que des zones d’ombre persistent sur l’apprentissage dans le supérieur et notamment en ce qui concerne le programme Erasmus Pro, la rémunération des apprentis, et les aides à l’embauche. Yves Cimbaro maintient également sa vigilance sur le financement des CFA au contrat" (lire sur AEF). 

"Nous avons pris acte des propositions du gouvernement, et saluons notamment le principe de la transparence sur le financement de l’apprentissage, mais il va maintenant falloir préciser la mise en œuvre, et le diable se cache dans les détails", confie Yves Cimbaro à AEF.

Lors de la présentation de ses 20 mesures pour réformer l’apprentissage, vendredi 9 février, le gouvernement a salué le rôle de "locomotive" joué par l’enseignement supérieur, où le nombre d’apprentis a triplé en 15 ans pour atteindre 152 000 jeunes en 2016. "Pourtant, beaucoup de mesures, et nous le regrettons, portent surtout sur le secondaire", déplore Yves Cimbaro.

DES INCERTITUDES POUR LE SUPÉRIEUR

Le président de l’association s'interroge notamment sur l’annonce d’aides à l’embauche qui seront demain ciblées sur les TPE et PME. Ces soutiens financiers ne concerneront en effet que les niveaux bac et pré-bac. "Nous ne savons pas ce qu’il en est pour l’enseignement supérieur", s’inquiète Yves Cimbaro.

L’Anasup se dit également vigilante sur la mise en place du programme Erasmus pro. Le gouvernement a en effet annoncé vouloir porter à 15 000 le nombre d’apprentis réalisant un séjour Erasmus d’un semestre chaque année. "Selon nos informations, ce programme Erasmus pro n’irait pas au-delà du bac+2", s’inquiète toutefois Yves Cimbaro.

Enfin, "dans les propositions du gouvernement, il n’est pas explicitement dit que la rémunération des apprentis se fera en fonction du niveau plutôt qu’en fonction de l’âge", note le président. Cette proposition figurait pourtant dans le rapport de la concertation rendu par Sylvie Brunet le 30 janvier (lire sur AEF) et l’Anasup y était favorable.

 

COMMENT LE "COÛT CONTRAT" DE CHAQUE FORMATION SERA-T-IL ÉLABORÉ ? 

Le président de l’Anasup reste également vigilant sur la volonté du gouvernement de financer les CFA au contrat. Le gouvernement a précisé que les branches auront la responsabilité de déterminer le "coût contrat" de chaque diplôme. "Quelle sera la composante du coût ?", s’interroge Yves Cimbaro, qui a d’ailleurs fait part de ses inquiétudes au Premier ministre, lors des négociations, vendredi 9 février. Il craint notamment que le coût d’ingénierie pédagogique (formation des maîtres d’apprentissage ou adaptation des formations à l’apprentissage, par exemple) ne soit pas pris en compte. Le président de l’Anasup n’a reçu aucune réponse de la part du chef du gouvernement.

Yves Cimbaro estime enfin qu’il est nécessaire de maintenir une double régulation de l’apprentissage. Qualitative d’une part, afin d’assurer de bonnes conditions de formation aux apprentis. Mais aussi en termes de régulation de l’offre. Il craint en effet une mise en concurrence de différentes branches qui pourraient être tentées de mettre en place les mêmes types de formations, notamment quand elles sont transversales, plutôt que d'autres. 

Le président de l’Anasup résume sa philosophie en une phrase : "L’apprentissage est un mode de formation vertueux, avant d’être un mode d’insertion professionnelle." Une vision différente de celle du cabinet du ministère du Travail qui déclarait vendredi 9 février : "À partir du moment où l’on fait le pari que le monde professionnel est mieux placé pour réguler l’apprentissage, on considère l’apprentissage davantage comme une formation professionnelle que comme une formation initiale. Cela signifie que l’on demande aux entreprises de prendre charge une partie de la promesse républicaine de l’émancipation et de l’éducation dont l’Éducation nationale avait jusqu’alors le monopole."